Au fur et à mesure que se lève le voile sur le fonctionnement de l'Hadopi, il est intéressant de constater que les pourvoyeurs de contenus illégaux mettent en place des contre-mesures de plus en plus performantes pour permettre à leurs clients de continuer à télécharger illégalement.
Les newsgroups... déja Hadopi-proof.
L'adaptation la plus surprenante de notre point de vue provient des newsgroups (autrement nommés Usenet). Pour ceux qui l'ignorent, les newsgroups sont une des formes de l'internet, standardisée dès l'origine du réseau et dont l'usage initial -permettre des conversations- a été depuis largement détourné pour faciliter l'échange de contenus pirates. Problème, les newsgroup n'étant pas initialement fait pour accueillir du contenu en quantité, le transfert de celui-ci doit se faire par l'intermédiaire de plateformes d'accès, qui vont adapter le contenu, de sorte à ce qu'il soit simple à identifier et à télécharger. La qualité et la diversité des contenus qui s'y trouvent est tout simplement incroyable. Pratiquement rien n'en est absent ; et tout nouvel utilisateur est proprement stupéfait de voir qu'un monde de contenu illégal semble prospérer sans être vraiment inquiété. Avec Hadopi cependant, les fournisseurs de newsgroups ont commencé à comprendre que leur activité ne passerait pas au travers des mailles du filet -le législateur ayant jusqu'à peu négligé de s'intéresser à cette spécificité de la structure de l'internet, particulièrement pourvoyeuse de contenus illégaux- les agrégateurs de newsgroup ont totalement restructuré leur offre. En premier lieu, ils codent l'ensemble du traffic en SSL, ce qui rend totalement impossible d'investiguer ce que contient leurs flux. Il est à noter que ce cryptage, en 256bits, n'est pas neutre pour eux, leur imposent de "re-processer" l'ensemble des flux alors qu'ils se contentaient de gérer l'adressage de ceux-ci auparavant.
Les VPN
Les liens sponsorisés promouvant des VPN semblent également fleurir ces jours-ci. Un VPN est un serveur, généralement situé à l'étranger, sur lequel tous les contenus illégaux d'un internaute donné -issus du P2P par exemple- vont arriver. L'internaute ne pourra pas être attaqué pour ensuite télécharger des contenus depuis son VPN dans la mesure ou ces échanges sont réalisés entre deux points qui lui appartiennent. De surcroît, les liaisons entre le VPN et son ordinateur peuvent-être et sont généralement criptées.
Illegal streaming
De même, le streaming illégal semble être devenu plus que populaire ces derniers mois : un site, que nous ne nommerons pas, a connu la plus forte croissante dans le top 50 des sites consultés depuis la France. Des sites, généralement situé dans l'ex-bloc soviètique, offrent des très larges catalogues de films, en qualité high-def, pour quelques euros par mois.
Ces offres restent toutefois très faciles à détecter, et ne devraient pas être trop difficile à bloquer.
P2P et direct download
Ces solutions sont en constantes évolution, le cryptage y est depuis longtemps la norme, et leurs offres évoluent aujourd'hui entre VPN, fragmentation des fichiers, double masquage des fichiers (j'émets 1000 fichiers Word, en fait un film), etc. Il est important de comprendre que les acteurs qui ont conçus ces offres P2P sont généralement les développeurs les plus doués de leurs génération. Le contournement des censeurs est donc un facteur d'émulsion sans limite pour eux et il faut bien reconnaître que l'ensemble des contre-mesures évoquées plus haut, rendent la riposte difficile.
En conséquence, Hadopi, qui paraissait au départ principalement taillé pour lutter contre le P2P en s'en prenant au consommateur final, semble avoir un discours en évolution. Des mesures directes, à l'encontre des fournisseurs de solutions illégales, sont de plus en plus souvent envisagées.
De même, il nous semble plus que probable qu'on en vienne un jour à traquer les utilisateurs par leurs comportement. Avoir un trafic de plusieurs Gigabites sur une ligne ADSL privé est un indice à peu près certain que quelqu'un est en train de télécharger ou streamer un film. La question reste de savoir si ce téléchargement est légal. Dans un monde certes un peu Orwelien, on pourrait imaginer que tout mouvement de fichier qui n'est pas fait de ou vers un fournisseur de contenu agréé puisse être déclaré suspect (i). Bien qu'avant d'en venir là, il y ait heureusement des solutions alternatives, il faut être naïf pour penser que le "comportement" d'une ligne ADSL ou cable ne devienne rapidement, si ce n'est un élément de preuve, un indice à charge ou à décharge pour confirmer ou infirmer une condamnation.
La réussite de la mise en place d'Hadopi demandera donc certainement une bonne compréhension des technologies en jeu par les hauts-fonctionnaires chargés de mettre en oeuvre les mesures coercitives, mais également beaucoup de sens pédagogique et un bon doigté pour éviter un comportement un peu trop intrusif, qui serait légitimement condamnable.
(i) Dans un monde encore plus policier, on pourrait très bien imaginer qu'Hadopi soit doté d'un service action... Amusant non?
crédit image (magnifique) www.musictime.com